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1830

LE RETOUR DU MARIN

Marceline DESBORDES-VALMORE

— « Petits enfants, vos jeunes yeux, Entre l’eau qui gronde et les cieux, Ont-ils vu blanchir une voile ? Celle dont j’ai filé la toile,

Si mon rêve dit l’avenir, Avant l’hiver doit revenir. » — « Oui ! tantôt sur la roche nue, En regardant l’errante nue,

Nous avons vu là-bas, là-bas, Rouler une voile sans mâts. » — « Enfants des pauvres matelots, Dont les pères sont sur les flots,

Votre voix peut percer l’orage : Criez de tout votre courage ! Dans l’éclair aux sombres couleurs, Voit-on flotter nos trois couleurs ? »

— « Non ! du haut de la roche nue, Quand l’éclair déchire la nue, Sur ce pont qui flotte vers nous On ne voit qu’un homme à genoux. »

— « C’est lui ! Fidèle et courageux, Au fond de mon rêve orageux, Cette nuit je l’ai vu paraître : Descendez pour le reconnaître !

Moi j’ai tant pleuré que mes yeux Ne verront plus Jame qu’aux cieux ! » — « Quoi ! la foudre en crevant la nue, L’a jeté sur la roche nue :

S’il n’a pas cessé de souffrir, Descendons l’aider à mourir. » Et les enfants des matelots Retirèrent Jame des flots.

C’était Jame ! et la fiancée Vint toucher, à sa main glacée, Son doux lien, son anneau d’or ; Car Jame le portait encor !

Qu’ils sont bien sous la roche nue, À l’abri de l’errante nue, Oublieux de leurs mauvais jours, Morts… et mariés pour toujours !

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