Vous voilà bien riant, mon amour ! quelle joie ! Comme un petit chasseur, traînez-vous quelque proie ? Sous ce fragile osier cachez-vous un trésor ? C’est un oiseau du ciel ; il a des plumes d’or.
Il reposait son vol au bord de la fontaine ; J’ai retenu longtemps mes pas et mon haleine ; Quand il a secoué son plumage plein d’eau, J’ai saisi ses ailes mouillées,
Et le voilà blotti dans les fleurs effeuillées. Regardez qu’il est bien, ma mère, et qu’il est beau ! Oui, je l’entends gémir. Non, mère ! c’est qu’il chante.
Vous croyez, mon amour ? Sa chanson est touchante. Je crois qu’il est content, puisqu’il est dans les fleurs ; Il les aime. Son nid est sous l’amandier rose, Cet arbre au fruit de lait que la fontaine arrose ;
C’est là qu’il dérobait ses brillantes couleurs. Y demeurait-il seul ? Ses enfants sont au gîte : C’était pour les revoir qu’il se baignait si vite.
Mais je n’ai point de peur, ils ne sauraient bouger : Ils n’ont pas une plume et n’ont rien à manger. Que vont-ils devenir ? J’agrandirai la cage ;
J’en ferai dans l’hiver un semblant de bocage ; Et j’aurai mille oiseaux qui chanteront toujours. Que de musiciens pour amuser mes jours ! Quel bonheur de nourrir tant de joyeux esclaves !
À peine ils sentiront leurs légères entraves. Ô ma mère ! j’y cours. Arrêtez… Il fait nuit ; Quelque chose de triste entoure ce réduit ;
Restez ! de noirs soldats les farouches cohortes Au coucher du soleil ont assailli nos portes. Ne vous éloignez pas, ne quittez plus mon sein ; De vous saisir peut-être ils avaient le dessein.
Des soldats ? et beaucoup, ma mère ? et pour me prendre ? Vous, charme de ma vie, et pour ne plus vous rendre. Que feront-ils de moi ? Qui le sait ? Un captif,
Un orphelin, peut-être ; un prisonnier plaintif. Sauvez-moi ! Priez Dieu, c’est en lui que j’espère, Loin de nous les cruels emmènent votre père,
Ce père si content quand il vous embrassait ! Ce gardien de vos jours et qui les nourrissait ! Mon père prisonnier ? C’est le roi qui l’ordonne.
Qu’est-ce qu’un roi ? Puissant par l’amour ou l’effroi, Un maître s’il punit, presque un dieu s’il pardonne. Ah ! laissez-moi sortir : je veux parler au roi ;
Mon père va mourir ! Eh quoi ! si jeune encore, Savez-vous que l’on meurt loin de ceux qu’on adore ? Qu’arraché de son toit votre appui va souffrir ?
Que sans la liberté l’on n’a plus qu’à mourir ? Savez-vous qu’en prison la vie est bien amère ? Oui, nous mourrons sans vous, et vous mourrez, ma mère. Mais ce roi si méchant, qui l’a mis en couroux ?
Le roi n’est ni méchant ni cruel plus que vous, Mon fils. Las de ses jeux, il vient troubler les nôtres ; Libre, il a des captifs : n’avez-vous pas les vôtres ? Dans une chambre étroite il vous renfermera,
Mais vous serez content, car il vous nourrira. Pourquoi de vos sanglots déchirez-vous mon âme ? Est-ce à vous, cher coupable, à murmurer le blâme ? Nous sommes des oiseaux dans ses cages plongés.
Pourquoi de son plaisir serions-nous affligés, Si, dans ses jeux de roi qu’on a fait légitimes, De lumière et d’air pur il prive ses victimes ? Où courez-vous ?
De l’air ! de l’air au prisonnier ! Qu’il respire, ma mère, et qu’il vole, et qu’il vive ! Oiseau ! des malheureux que n’es-tu le dernier ! Je ne veux point d’esclave !
Ô clémence naïve ! Embrassez-moi, mon fils, vous m’arrachez des pleurs : Soyez libre vous-même, et calmez vos douleurs. Quoi ! jusque dans mes bras votre frayeur palpite !…
Ah ! le cœur de l’oiseau palpitait-il moins vite, Quand votre instinct cruel empêcha son essor ? Enfant, sans vos chagrins quel eût été son sort ? Vous ravissiez l’époux à l’épouse éperdue ;
Elle eût traîné sa plainte, et Dieu l’eût entendue ! Et les petits tout nus, glacés dans votre main, Auraient péri de froid, de langueur et de faim. Ah ! je n’y songeais pas !
Maintenant tout respire, Tout se calme et s’endort. Et mon père ? Il soupire,
Comme l’oiseau du ciel un moment arrêté ; Mais Dieu, qui voit partout, veille à sa liberté. Le roi le voudra-t-il ? nous rendra-t-il mon père ? Oui, mon fils ! oui, mon bien ! maintenant je l’espère ;
Oui, s’il a des enfants comme les miens chéris, Des jeunes suppliants il accueille les cris. Un père a dans le cœur je ne sais quoi de tendre ; Toutes les voix d’enfant savent s’y faire entendre.
Je veux le voir. Venez ! conduisez-moi vers lui. Oui, mon amour, demain. Pas demain, aujourd’hui. Quoi ! votre chère enfance à cette heure exposée ?…
Je veux montrer au roi cette cage brisée ; Je lui dirai : « Voyez ! je fus méchant aussi ; Je ne le suis plus, Dieu merci ! Au captif innocent j’ai rendu la volée,
Et sa famille consolée À cette heure est au nid plus heureuse que nous ! Le même arbre en ses fleurs les couvre et les rassemble : Chaque famille ainsi doit s’endormir ensemble,
Et nous venons chercher mon père à vos genoux. » Écoutez !… par l’appui de quelque voix divine, On dirait que le roi vous plaint et vous devine ; Car voici votre père, il a tout entendu :
Enfant ! Dieu vous absout, puisqu’il nous est rendu !
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