À l’heure où s’éteignait le chant de l’alouette,
À cette heure tranquille où, sous leurs frais abris,
Les oiseaux gazouillaient de moisson, d’amourette,
Que les ailes d’un songe enveloppaient Lyris ;
Quand la Nuit, pâle encor, d’étoiles couronnée,
Prenait timidement sa course dans les cieux ;
Quand la rose d’un jour, languissante et fanée,
Exhalait en mourant ses parfums précieux ;
Quand d’une journée orageuse
La nature se reposait
Pour s’éveiller plus belle et plus heureuse,
Un beau pasteur disait :
« À cette heure où tout brûle, où je meurs, la cruelle
A fermé ses beaux yeux qui m’ont fait tant de mal.
Lorsque j’entends couler le limpide cristal
Du ruisseau qu’en hiver j’ai vu glacé comme elle,
Farouche avec l’Amour, elle rit au Sommeil ;
Il règne seul sur elle, il la berce, il l’embrasse.
Oh ! dans tes bras charmants si j’obtenais sa place,
Lyris, tu ne pourrais m’en chasser au réveil !
Un doux étonnement, une amoureuse flamme
Enchaînerait ta force et vaincrait ta rigueur,
Et mon âme, en passant pour aller à ton âme,
Échaufferait la neige où s’enferme ton cœur. »