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1830

LE JUMEAU PLEURÉ

Marceline DESBORDES-VALMORE

Petit ange, dernier venu, Dans ce triste monde inconnu, Tu n’avais pas mué tes ailes ! Semblable aux jeunes hirondelles

Qui disent ; « Ne nous touchez pas ! Nos plumes grandiront là-bas. Mal éclos sous vos toits d’argile, Suspendus à des nids fragiles,

Au bruit de la terre endormis, Nous couvons nos songes amis. Gardez les songes, doux présages ! Et nous, prophètes de passage,

Vers notre Dieu laissez-nous fuir. Oh ! nous ne souffrons point de cages ; Notre aile veut s’épanouir, Pour nager au sein des nuages.

De notre fluide destin, Flottant dans l’air pur du matin, Vous aurez souvent des nouvelles ; Toujours de jeunes hirondelles

Au printemps descendront des cieux, Faisant passer devant vos yeux Des souvenirs vivants, des charmes Trempés d’espérance et de larmes,

Qui portent bonheur à l’exil. Toujours quelque invisible fil Nous ramènera l’un vers l’autre ; Et quand vous n’aurez plus de pleurs

Pour nos nids cachés dans vos fleurs, Notre monde sera le vôtre ! » Et toi, dont le même rameau Balança l’œuf frêle et jumeau,

Ange né d’un double mystère, Sans poser tes pieds à la terre, En effleurant d’un souffle pur Le sein qui te servit de voile,

Tu t’en retournes dans l’azur Te poser au front d’une étoile ; Et puis, tu laisseras tomber Des rayons, des mots, des sourires,

Des baisers, de chastes délires, Au nid que ton poids fit courber, Tiède de ta première aurore, Et que ton appel trouble encore,

Petit ange, dernier venu Dans ce triste monde inconnu !

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