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1843

LE GRILLON

Marceline DESBORDES-VALMORE

Triste à ma cellule, Quand la nuit s'abat, Je n'ai de pendule Que mon cœur qui bat :

Si l'ombre changeante Noircit mon séjour, Quelque atome chante, Qui m'apprend le jour.

Dans ma cheminée, Un grillon fervent, Faisant sa tournée, Jette un cri vivant :

C'est à moi qu'il livre Son fin carillon, Tout charmé de vivre Et d'être grillon !

La bonté du Maître Se glisse en tout lieu ; Son plus petit être Fait songer à Dieu.

Sait-il qu'on l'envie, Seul et ténébreux : Il aime la vie ; Il est bien heureux !

La guerre enfiévrée Passait l'autrefois, Lionne effarée, Broyant corps et voix :

Mon voisin l'atome Fut mon seul gardien, Joyeux comme un gnome À qui tout n'est rien.

Dieu nous fit, me semble, Quelque parité : Au même âtre ensemble Nous avons chanté ;

Il me frappe l'heure, Je chauffe ses jours ; Mais, femme, je pleure : Lui, chante toujours.

Si jamais la fée Au soulier d'azur, D'orage étouffée Entre dans mon mur ;

Plus humble et moins grande Que sa Cendrillon, Oh ! qu'elle me rende Heureuse, ou grillon !

Vous que j'ai connue Comme moi chantant, Poète ingénue, Lyre au cœur battant,

Quand la nuit vous lasse Par trop de lenteur, Appelez la grâce D'un grillon chanteur.

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