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1830

LE CRIEUR DE NUIT

Marceline DESBORDES-VALMORE

Éveillez-vous, gens qui dormez ; Sur vos toits minuit passe et pleure ; Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure, Pour les morts qui vous ont aimés ;

Éveillez-vous ! gens qui dormez. « Toi qui ne pleures rien encore, Ô mon ange ! ne tremble pas ! Viens verser un secret, tout bas,

Dans un cœur vivant qui t’adore, Toi qui ne pleures rien encore. » Éveillez-vous, gens qui dormez ; Sur vos toits minuit passe et pleure ;

Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure. Pour les morts qui vous ont aimés ; Éveillez-vous ! gens qui dormez. « Sous les jasmins de ta fenêtre,

Nul passant ce soir ne me nuit ; J’ai gagné le crieur de nuit ; Descends donc pour me reconnaître Sous les jasmins de ta fenêtre ! »

Éveillez-vous, gens qui dormez ; Sur vos toits minuit passe et pleure ; Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure, Pour les morts qui vous ont aimés ;

Éveillez-vous ! gens qui dormez. « Sans laisser tomber une rose Sur le front de ton fiancé, Minuit s’en va triste et lassé ;

Et ta blanche fenêtre est close, Sans laisser tomber une rose ! » Éveillez-vous, gens qui dormez ; Sur vos toits minuit passe et pleure ;

Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure, Pour les morts qui vous ont aimés ; Éveillez-vous ! gens qui dormez. « Minuit fera lever l’aurore ! »

Dit l’ange qui se dévoila. « Ô mon fiancé, me voilà ! Si vous sonnez longtemps encore, Minuit fera lever l’aurore ! »

Éveillez-vous, gens qui dormez ; Sur vos toits minuit passe et pleure ; Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure, Pour les morts qui vous ont aimés ;

Éveillez-vous ! gens qui dormez. « Dieu ! dit la mère de famille, Jamais pour les morts mécontents Minuit n’a pleuré si longtemps ;

Il aura fait peur à ma fille : Paix dans les cieux à ma famille ! » Éveillez-vous, gens qui dormez ; Sur vos toits minuit passe et pleure ;

Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure, Pour les morts qui vous ont aimés ; Éveillez-vous ! gens qui dormez. Des petits enfants et des mères

Racontèrent, le lendemain, À l’ange riant sous sa main, Qu’un mort prolongeait les prières Des petits enfants et des mères !

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