Skip to content
1830

LE COUCHER D’UN PETIT GARÇON

Marceline DESBORDES-VALMORE

Couchez-vous, petit Paul ! il pleut. C’est nuit : c’est l’heure. Les loups sont au rempart. Le chien vient d’aboyer. La cloche a dit : « Dormez ! » et l’ange gardien pleure, Quand les enfants si tard font du bruit au foyer.

« Je ne veux pas toujours aller dormir ; et j’aime À faire étinceler mon sabre au feu du soir ; Et je tuerai les loups ! je les tuerai moi-même ! » Et le petit méchant, tout nu, vint se rasseoir.

Où sommes-nous ? mon Dieu ! donnez-nous patience ; Et surtout soyez Dieu ! soyez lent à punir ; L’âme qui vient d’éclore a si peu de science ! Attendez sa raison, mon Dieu ! dans l’avenir.

L’oiseau qui brise l’œuf est moins près de la terre, Il vous obéit mieux ; au coucher du soleil, Un par un descendus dans l’arbre solitaire, Sous le rideau qui tremble ils plongent leur sommeil.

Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule ; Sous le cygne endormi l’eau du lac bleu s’écoule, Paul ! trois fois la couveuse a compté ses enfants, Son aile les enferme ; et moi, je vous défends !

La lune qui s’enfuit, toute pâle et fâchée, Dit : « Quel est cet enfant qui ne dort pas encor ? » Sous son lit de nuage elle est déjà couchée ; Au fond d’un cercle noir la voilà qui s’endort.

Le petit mendiant, perdu seul à cette heure, Rôdant avec ses pieds las et froids, doux martyr ! Dans la rue isolée où sa misère pleure, Mon Dieu ! qu’il aimerait un lit pour s’y blottir !

Et Paul, qui regardait encor sa belle épée, Se coucha doucement en pliant ses habits ; Et sa mère bientôt ne fut plus occupée Qu’à baiser ses yeux clos par un ange assoupis !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LE COUCHER D’UN PETIT GARÇON · Marceline DESBORDES-VALMORE · Poetry Cove