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1830

LE CALVAIRE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Puisque tu vas, Angélique, Au calvaire des Roseaux, Rapporte-moi, pour relique, Une froide fleur des eaux.

On ne dort pas sous la haire ; La nuit on m’entend gémir ; Et les fleurs du vieux Calvaire, On me l’a dit, font dormir.

Pauvre Angélique, à ton âge, Quand on part seule, et nu-pied, Pour un long pèlerinage, N’y va-t-on que par pitié ?…

Sur la sauvage bruyère, Colombe, qui va gémir, Offre à Dieu quelque prière Pour que je puisse dormir.

Mais quel philtre, quel breuvage Endort, au feu des éclairs, Le ramier dans l’esclavage, Quand l’été brûle les airs ?

Daigne la foudre descendre Sur l’oiseau né pour gémir ; Car peut-être sous la cendre On le laissera dormir !

Ah ! si j’osais, ma compagne, Me dérober sur tes pas, Dans l’air vif de la montagne, J’oublierais… parlons plus bas !

Ici, l’on meurt de ses peines, Mais il n’en faut pas gémir. Enfant, tu n’as pas de chaînes ; Tu fuis… mais tu peux dormir !

Crois-tu qu’un grand sacrifice Puisse être agréable à Dieu ? Eh bien ! qu’il me soit propice, Je le joins à notre adieu.

Porte au Calvaire une image Dont chaque trait fait gémir ; Car c’est elle, quel dommage ! Qui m’empêche de dormir !

Tu jetteras dans l’eau sainte Ce nœud défait, cette fleur, Et cet anneau d’hyacinthe Que je cachais sur mon cœur.

Va-t’en ! je n’ai plus à rendre Qu’une âme ardente à souffrir ; Béni soit qui doit t’apprendre Que Dieu daigna l’endormir !

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