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1860

LALY GALINE SEULE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Jardin de ma fenêtre, Ma seule terre à moi, Avril t’a fait renaître… N ’est-il bon que pour toi ?

Tes fleurs moins chancelantes Se reparlent tout bas, Et moi, je sais deux plantes Qu’il ne réunit pas !

Combien de jours de fête Ont regardé mes pleurs Sans relever ma tête Pensive sur tes fleurs !

Mais celui qui fait l’heure Compte mon temps amer ; Il voit dans ma demeure Comme il voit dans la mer.

Ce soir une hirondelle Qui revenait des cieux À frôlé de son aile Tes bouquets gracieux.

Ta fraîche palissade A tremblé sous son cœur : Vient-elle en ambassade De la part du bonheur ?

Sans lune et sans étoile Quand la nuit teint les flots J’allume sous ton voile Ma lampe aux matelots ;

Afin que l’humble flamme Qui s’épuise ardemment Comme un peu de mon âme Attire mon amant.

Mais du port, si le phare Mourait avant le jour, Au marin qui s’égare Montre au loin mon séjour.

Dis-lui qu’à ma fenêtre, Toujours comme aujourd’hui. Les fleurs qu’il a fait naître S’illuminent pour lui.

Dans la nuit implorée Qui le ramènera, Vers ma vitre éclairée Son âme montera.

Fais qu’après ma neuvaine, Au bout d’un an perdu, Ma lampe le ramène À mes bras suspendu.

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