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1830

LA VEILLÉE DU NÈGRE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Le soleil de la nuit éclaire la montagne, Sur le sable désert faut-il encor rester ? Doucement dans mes bras laisse-moi t’emporter ; Bon maître, éveille-toi ! marchons vers la campagne.

Tes yeux sont clos depuis trois jours ; Maître ! dormiras-tu toujours ? L’orage dans son vol a brisé les platanes ; Le navire sans voile a disparu dans l’eau ;

De ton front tout sanglant, j’ai lavé le bandeau ; Marchons, les pauvres noirs t’ouvriront leurs cabanes. Tes yeux sont clos depuis trois jours, Maître ! dormiras-tu toujours ?

Je voudrais deviner ton rêve que j’ignore. Oh ! que ce rêve est long ! finira-t-il demain ? Demain, en t’éveillant, presseras-tu ma main ? Oui, je t’appellerai quand j’aurai vu l’aurore.

Tes yeux sont clos depuis trois jours, Maître ! dormiras-tu toujours ? Mais la lueur du jour s’étend sur le rivage, Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur ;

Viens !… que ton front est froid ! quelle triste blancheur ! Oh ! maître ! que ta voix me rendrait de courage ! Tes yeux sont clos depuis trois jours… Maître ! dormiras-tu toujours ?

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