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1830

LA SÉPARATION

Marceline DESBORDES-VALMORE

Il est fini ce long supplice ! Je t’ai rendu tes serments et ta foi, Je n’ai plus rien à toi. Quel douloureux effort ! quel entier sacrifice !

Mais, en brisant les plus aimables nœuds, Nos cœurs toujours unis semblent toujours s’entendre ; On ne saura jamais lequel fut le plus tendre, Ou le plus malheureux.

À t’oublier c’est l’honneur qui m’engage, Tu t’y soumets, je n’ai plus d’autre loi. Ô toi qui m’as donné l’exemple du courage, Aimais-tu moins que moi ?

Va ! je te plains autant que je t’adore ; Je t’ai permis de trahir tes amours, Mais moi, pour t’adorer, je serai libre encore ; Je veux l’être toujours.

Je l’ai promis, je vivrai pour ta gloire. Cher objet de mon souvenir, Sois le charme de ma mémoire, Et l’espoir de mon avenir.

Si jamais dans ma solitude, Ton nom pour toujours adoré, Vient frapper mon cœur déchiré Qu’il adoucisse au moins ma tendre inquiétude !

Que l’on me dise : Il est heureux, Oui, sois heureux, ou du moins plus paisible, Malgré l’Amour, et le sort inflexible Qui m’enlève à tes vœux.

Adieu,… mon âme se déchire ! Ce mot que, dans mes pleurs, je n’ai pu prononcer, Adieu ! ma bouche encor n’oserait te le dire, Et ma main vient de le tracer.

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