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1860

LA ROSE EFFEUILLÉE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Cette rose, ravie aux roses du jardin, Par l’ondée orageuse avait été touchée. On eût dit que des pleurs inondaient son beau sein, Et sa tête charmante était pâle et penchée.

Moi, pour vous l’apporter dans ses vierges appas, Je l’enlevai tremblante à sa verte patrie ; Mais j’atteignis son cœur imprudemment, hélas ! Et je la vis tomber toute morte, ô Marie !

J’en plaignis chaque feuille… inutile pitié ! Qu’importe au cœur brisé votre tardif hommage ! Ainsi tombe des fleurs la plus frêle moitié. Chagrins silencieux, n’est-ce pas votre image ?

Un jour de plus, Marie, elle eût brillé pour vous, Par le divin secours d’une innocente adresse ; Car le sourire encor peut renaître plus doux Sous des pleurs qu’on essuie à force de tendresse.

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