Skip to content
1860

LA PETITE PLEUREUSE, À SA MÈRE

Marceline DESBORDES-VALMORE

On gronde l’enfant À qui l’on défend De pleurer quand bon lui semble ; On dit que les fleurs

Sèchent bien des pleurs… Tu mêles donc tout ensemble ? Oui, maman, je t’ai vue avec ton air joyeux, Le rire sur la bouche et les larmes aux yeux.

Au bal, sous ses bouquets, j’ai vu pleurer ma mère. J’ai baisé cette larme, elle était bien amère. Viens que je te console. Avais-tu trop dansé ? Moi, je ne gronde pas ! Moi, quand mon pied lassé

Me défend d’être bien aise. L’ennui qui me prend M’arrête en courant, Et je m’endors sur ma chaise.

Oh ! si je viens encor pleurer sur tes genoux, Maman, ne me dis plus : « Vous n’êtes pas gentille ! » Dansons, quand nous pouvons, ou pleurons entre nous, Mais ne nous grondons pas : vois-tu, je suis ta fille,

Et je t’aime, et je vais prier Dieu tous les jours De m’égayer beaucoup pour t’égayer toujours ! Embrasse donc bien fort ta petite chérie, Et jamais, plus jamais ne dis : « vous »…, je t’en prie !

Ainsi consolons-nous et donnons-nous la main : Si nous pleurons ce soir, va ! nous rirons demain !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LA PETITE PLEUREUSE, À SA MÈRE · Marceline DESBORDES-VALMORE · Poetry Cove