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1860

LA MÈRE QUI PLEURE

Marceline DESBORDES-VALMORE

J’ai presque perdu la vue À suivre le jeune oiseau Qui, du sommet d’un roseau. S’est élancé vers la nue.

S’il ne doit plus revenir, Pourquoi m’en ressouvenir ? Bouquet vivant d’étincelles Il descendit du soleil

Éblouissant mon réveil Au battement de ses ailes. S’il ne doit plus revenir, Pourquoi m’en ressouvenir ?

Prompt comme un ramier sauvage, Après l’hymne du bonheur, Il s’envola de mon cœur, Tant il craignait l’esclavage !

S’il ne doit plus revenir, Pourquoi m’en ressouvenir ? De tendresse et de mystère Dès qu’il eut rempli ces lieux,

Il emporta vers les cieux Tout mon espoir de la terre ! S’il ne doit plus revenir, Pourquoi m’en ressouvenir ?

Son chant que ma voix prolonge Plane encor sur ma raison. Et dans ma triste maison, Je n’entends chanter qu’un songe.

S’il ne doit plus revenir. Pourquoi m’en ressouvenir ? Le jour ne peut redescendre Dans l’ombre où son vol a lui,

Et pour monter jusqu’à lui Mes ailes ont trop de cendre. S’il ne doit plus revenir. Pourquoi m’en ressouvenir ?

Comme l’air qui va si vite, Sois libre, ô mon jeune oiseau ! Mais que devient le roseau. Quand son doux chanteur le quitte !

S’il ne doit plus revenir. Pourquoi m’en ressouvenir ?

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