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1830

LA JALOUSE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Sans signer ma tristesse, un jour, au seul que j’aime J’écrivis en secret : « Elle attend : cherche-la ! Devine qui t’appelle, et réponds : « Me voilà ! » Et quand il accourut, quand je venais moi-même,

Quand je retins le cri d’un bonheur plein d’effroi, Il n’a pas dit : « C’est elle ! » il n’a pas dit : « C’est toi ! » Sans me nommer, craintive en livrant mes alarmes, J’écrivis : « J’ai pleuré. Je pleure… C’est pour vous !

Que l’amour vous éclaire et demeure entre nous ! » Et quand il vit mes yeux encor voilés de larmes, Quand il toucha ma main qui lui rendait ma foi, Il n’a pas dit : « C’est elle ! » il n’a pas dit : « C’est toi ! »

Sans dire : « C’était moi ! » je m’enfuis, je succombe ; Bientôt je n’aurai plus de secret à cacher. S’il rêve alors au nom qui courut le chercher, Il le devinera peut-être sur ma tombe ;

Et, soulevant enfin ma vie avec effroi, Qu’il dise au moins : « C’est elle ! ô pitié ! c’était toi ! »

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