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1830

LA FIANCÉE POLONAISE

Marceline DESBORDES-VALMORE

« Ouvrez ! » — Qui frappe à l’heure Où l’homme dort souvent ? Est-ce un blessé qui pleure De revenir vivant ?

— « Ouvrez ! je vous en prie ; De mon lointain hameau, J’apporte à la patrie Ce que j’ai de plus beau.

« Des anges sentinelles, Envolés sans remords, J’ai vu les blanches ailes Envelopper vos morts !

Regardez ! Nulles toiles Ne doublent leurs cercueils ; Pitié, jette tes voiles ! Ils n’ont pas de linceuls ! »

Et la femme au front d’ange, Aux yeux tristes sans pleurs, De la terre où tout change Essayant les douleurs,

Au nom du Dieu qui donne, Sur de chastes autels Apporte une humble aumône À ses frères mortels !

« Je suis… je fus promise À qui défend vos dieux ; Mais la noce est remise : On se retrouve aux cieux !

Cet anneau qui me lie Entraînera mon cœur : C’est le don de ma vie !… Qu’il vous porte bonheur. »

Et, comme la colombe Vient d’un autre séjour, Jeter sur une tombe Quelque secret d’amour,

Fidèle à son épreuve, Sur un drapeau sanglant La jeune vierge veuve Posa l’anneau tremblant.

Ces dons que le cœur sème Aux blessés du chemin, Dieu les voit, Dieu les aime, Dieu les pèse en sa main ;

Et de vieux prêtres d’armes, En baisant l’anneau d’or, L’enrichirent de larmes : Rois, craignez ce trésor !

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