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1830

LA FIANCÉE DU MARIN

Marceline DESBORDES-VALMORE

Tristesse amère Ne peut crier ; Pourtant, ma mère, Je veux prier.

Là-haut peut-être On m’entendra. Qui m’a fait naître Me soutiendra.

Jame qui m’aime Va me quitter ; Cette nuit même Doit l’emporter.

Le temps est sombre, Et sur les flots Voyez-vous l’ombre, Des matelots ?

Dans leur nacelle Il s’engagea ; C’est encor elle Qui naufragea !

On tend la voile ; Ô désespoir ! Pas une étoile Pour l’entrevoir.

À la chapelle, Avant le jour, Un vœu m’appelle, Un vœu d’amour.

Il doit m’attendre ; J’y porte encor Un baiser tendre, Un anneau d’or.

Don de mon père, C’est le dernier : Qu’il soit prospère Au marinier !

C’est le symbole De mon lien ; Pour mon idole Je n’ai plus rien.

Mais j’entends Jame Qui crie : « Adieu ! » Et ma pauvre âme S’en va vers Dieu !

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