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1830

LA FIANCÉE

Marceline DESBORDES-VALMORE

À ma belle patrie Fais mes adieux, Amour ; La reverrai-je un jour, Cette France chérie ?

Toi qui m’as su charmer, Parle pour moi, mon maître : Elle m’a donné l’être, Tu me le fais aimer.

Dis-lui qu’à ta prière Je retiens mes soupirs, Mais que tes doux plaisirs Ne m’ont pas tout entière ;

Dis-lui que ton bandeau N’a pas séché mes larmes, Et qu’à travers tes charmes Je rêve à mon berceau.

Vois-tu sur le rivage Mes compagnes en pleurs ? En leur jetant des fleurs, Voile-moi cette image.

L’eau m’entraîne avec toi… Mais demain, à l’aurore, Te trouverai-je encore Entre le ciel et moi ?

Quelle est cette voix tendre Qui prédit mon retour ? Tu parles bien, Amour, Mais laisse moi l’entendre ;

Oh ! n’en sois point jaloux, C’est la voix de mon père ! Tout nous sera prospère, Il a prié pour nous.

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