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1830

LA CRAINTE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ouvre-toi, cœur malade ! et vous, lèvres amères, Ouvrez-vous ! plaignez-moi ! Dieu m’oublie ou me hait ; Sa pitié n’entend plus mon désespoir muet ; Sa main jette au hasard mes heures éphémères ;

Comme des oiseaux noirs dans les vents dispersés, Lasses avant d’éclore, et sans bonheur perdues, Elles traînent sur moi leurs ailes détendues ; Et Dieu ne dit jamais : « C’est assez ! c’est assez ! »

J’ai pleuré ; mais des pleurs blessent-ils sa puissance ? Faible, où trouver des cris pour les jeter aux cieux ? Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux, D’un ange autour de moi je sentais la présence :

Il était sous les fleurs que relevait ma main ; Il me parlait souvent dans la voix de ma mère ; Et si je soupirais d’une voix éphémère, Penché sur moi, le soir, il me disait : « Demain ! »

Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme ! Toujours elle se plaint ; jamais elle ne dort ! Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme, Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor ?

Ciel ! un peu de bonheur ! ciel ! un peu d’espérance ! Un peu d’air dans l’orage où s’éteignent mes jours ; Un souffle à ma faiblesse, un songe à ma souffrance, Ou ce sommeil sans rêve et qui dure toujours !

Mais si quelque trésor germe dans nos alarmes, Laissez aux pieds souffrants leurs sentiers douloureux, Dieu ! tirez un bienfait du fond de tant de larmes, Et laissez-moi l’offrir à quelque malheureux !

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