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1830

L’INQUIÉTUDE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Qu’est-ce donc qui me trouble ? et qu’est-ce que j’attends ? Je suis triste à la ville, et m’ennuie au village ; Les plaisirs de mon âge Ne peuvent me sauver de la longueur du temps.

Autrefois, l’amitié, les charmes de l’étude, Remplissaient sans effort mes paisibles loisirs. Oh ! quel est donc l’objet de mes vagues désirs ? Je l’ignore et le cherche avec inquiétude.

Si pour moi le bonheur n’était pas la gaîté, Je ne le trouve plus dans ma mélancolie ; Mais si je crains les pleurs autant que la folie, Où trouver la félicité ?

Et vous qui me rendiez heureuse, Avez-vous résolu de me fuir sans retour ? Répondez, ma raison ; incertaine et trompeuse, M’abandonnerez-vous au pouvoir de l’Amour ?…

Hélas ! voilà le nom que je tremblais d’entendre. Mais l’effroi qu’il inspire est un effroi si doux ! Raison, vous n’avez plus de secret à m’apprendre, Et ce nom, je le sens, m’en a dit plus que vous.

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