Prête à s’élancer, joyeuse, Aux libres plaines des cieux, L’Hirondelle voyageuse À la saison pluvieuse
Jetait un long cri d’adieu. Sous un chêne solitaire Elle entend le rossignol ; Sa voix lui fut toujours chère ;
Et la jeune passagère Écoute, et suspend son vol. Elle recueille, attentive, L’accent qui cherche le cœur ;
Mais ce chant qui la captive, Dans sa mesure moins vive, N’exprime plus le bonheur ! « À quoi rêvez-vous, dit-elle ?
Les zéphyrs sont au beau temps ; Sur la rive maternelle Le doux printemps vous appelle ; N’aimez-vous plus le printemps ?
— Sauvez-vous, pauvre petite, Sans me demander pourquoi J’ai choisi ce sombre gîte : L’oiseleur, qu’en vain j’évite,
Vous l’apprendrait mieux que moi. » Alors autour du grand chêne Elle entrevoit des réseaux ; Gémissante et hors d’haleine,
Elle veut briser la chaîne Du roi des petits oiseaux. « Vous n’êtes pas assez forte, Dit-il ; mais consolez-vous.
Du monde il faut que tout sorte ; Dieu n’y plaça qu’une porte, Et la Mort l’ouvre pour tous. Sur cette plage étrangère,
Égales à leur réveil, Et la reine et la bergère, Sous le marbre et la fougère, Dorment du même sommeil.
Sous cette loi simple et juste On voit passer tour à tour L’oiseleur, l’oiseau, l’arbuste, Les rois et leur race auguste :
J’y passerai donc un jour. Mais des rois l’ombre incertaine Demande grâce souvent Au destin qui les entraîne :
L’oiseau blessé qui s’y traîne Se repose en arrivant. Là, de la flèche empennée Tous les traits sont amortis ;
Et la mère infortunée, Libre, et désemprisonnée, Chante auprès de ses petits ! Si votre pitié naïve
Ne craint pas de nouveaux pleurs, Cherchez, au bord de la rive, Une feuille fugitive Où sont gravés mes malheurs . »
Sous l’ombre mystérieuse La feuille alors murmura ; Et, longtemps silencieuse, Plus triste que curieuse,
L’Hirondelle soupira. « Adieu donc, s’écria-t-elle, Puisqu’il faut partir sans vous ! Puisse une feuille nouvelle,
Quelque jour, à l’Hirondelle Révéler un sort plus doux ! »
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