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1830

L’EXIL

Marceline DESBORDES-VALMORE

Viens, mon jeune époux, Quittons ce rivage ; Viens ! j’ai du courage, Et te suivre est doux.

Au temps, où tout passe, Confions nos maux : Il faut peu d’espace Pour un long repos !

Sur ton cœur de père Prends ton premier-né ; Au bonheur, j’espère Dieu l’a destiné.

Quand l’homme est en proie Au dédain du sort, Son enfant, sa joie Lui sourit encor !

Laisse-moi mes filles, Prix de mes douleurs, Des humbles familles Elles sont les fleurs.

Leur tendre sourire, L’azur de leurs yeux, Semblent-ils pas dire : « Nous venons des cieux ;

Nous venons, ma mère, Pour vous consoler D’une larme amère Que Dieu vit couler.

Si votre couronne Commence à pâlir, La nôtre rayonne Pour vous embellir,

À travers vos peines Dieu sema nos jours, Et ses pures chaînes Vous suivront toujours !

Quand les hirondelles Affrontent le vent, Leurs petits près d’elles Voltigent souvent…

Quittons ce rivage ; Viens, mon jeune époux. Viens ! j’ai du courage, Et te suivre est doux.

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