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1860

L’ESCLAVE ET L’OISEAU

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ouvre ton aile au vent, mon beau ramier sauvage ! Laisse à mes doigts brisés ton anneau d’esclavage. Tu n’as que trop pleuré ton élément, l’amour ; Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !

Que tu montes la nue ou que tu rases l’onde, Souviens-toi de l’esclave en traversant le monde. L’esclave t’affranchit pour te rendre à l’amour : Quitte-moi comme lui : sauve-toi sans retour !

Va retrouver dans l’air la volupté de vivre ! Va boire les baisers de Dieu qui te délivre ! Ruisselant de soleil et plongé dans l’amour, Va-t-en ! va-t-en ! va-t-en ! sauve-toi sans retour !

Moi, je garde l’anneau ; je suis l’oiseau sans ailes. Les tiennes vont aux cieux : mon âme est devant elles. Va, je les sentirai frissonner dans l’amour ; Mon ramier, sois béni ! Sauve-toi sans retour !

Va demander pardon pour les faiseurs de chaînes ; En fuyant les bourreaux, laisse tomber les haines. Va plus haut que la mort, emporté dans l’amour : Sois clément comme lui… Sauve-toi sans retour !

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