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1860

L’ENFANT AU MIROIR

Marceline DESBORDES-VALMORE

Si j’étais assez grande, Je voudrais voir L’effet de ma guirlande Dans le miroir.

En montant sur la chaise, Je l’atteindrais ; Mais sans aide et sans aise, Je tomberais.

La dame plus heureuse, Sans faire un pas, Sans quitter sa causeuse, De haut en bas,

Dans une glace claire, Comme au hasard, Pour apprendre à se plaire Jette un regard.

Ah ! c’est bien incommode D’avoir huit ans ! Il faut suivre la mode Et perdre un temps !…

Peut-on aimer la ville Et les salons ! On s’en va si tranquille Dans les vallons !

Quand ma mère qui m’aime Et me défend, Et qui veille elle-même Sur son enfant,

M’emporte où l’on respire Les fleurs et l’air. Si son enfant soupire. C’est un éclair !

Les ruisseaux des prairies Font des psychés Où libres et fleuries, Les fronts penchés,

Dans l’eau qui se balance, Sans nous hausser, Nous allons en silence Nous voir passer.

C’est frais dans le bois sombre Et puis c’est beau De danser comme une ombre Au bord de l’eau !

Les enfants de mon âge, Courant toujours, Devraient tous au village Passer leurs jours !

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