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1843

L'ÉGLISE D'ARONA

Marceline DESBORDES-VALMORE

On est moins seul au fond d'une église déserte, De son père inquiet c'est la porte entr'ouverte ; Lui qui bénit l'enfant, même après son départ ; Lui, qui ne dit jamais : « N'entrez plus, c'est trop tard ! »

Moi, j'ai tardé, Seigneur, j'ai fui votre colère-, Comme l'enfant qui tremble à la voix de son père, Se dérobe au jardin tout pâle, tout en pleurs, Retient son souffle et met sa tête dans les fleurs ;

J'ai tardé ! Retenant le souffle de ma plainte, J'ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte ; J'ai fait la morte ; et puis, en fermant bien les yeux, Me croyant invisible aux lumières des cieux,

Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme, Je fuyais. Mais, Seigneur ! votre incessante flamme, Perçait de mes détours les fragiles remparts, Et dans mon cœur fermé rentrait, de toutes parts !

C'est là que j'ai senti, de sa fuite lassée, Se retourner vers vous mon âme délaissée ; Et me voilà pareille à ce volage enfant, Dépouillé par la ville, et qui n'a bien souvent,

Que ses débiles mains pour voiler son visage, Quand il dit à son père : Oh ! que n'ai-je été sage !

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