Il m’aima. C’est alors que sa voix adorée M’éveilla tout entière, et m’annonça l’amour. Comme la vigne aimante en secret attirée Par l’ormeau caressant, qu’elle embrasse à son tour,
Je l’aimai ! D’un sourire il obtenait mon âme. Que ses yeux étaient doux ! que j’y lisais d’aveux ! Quand il brûlait mon cœur d’une si tendre flamme, Comment, sans me parler, me disait-il : « Je veux ! »
Oh ! toi qui m’enchantais, savais-tu ton empire ? L’éprouvais-tu ce mal, ce bien dont je soupire ? Je le crois : tu parlais comme on parle en aimant, Quand ta bouche m’apprit je ne sais quel serment.
Qu’importent les serments ? Je n’étais plus moi-même, J’étais toi. J’écoutais, j’imitais ce que j’aime ; Mes lèvres, loin de toi, retenaient tes accents, Et ta voix dans ma voix troublait encor mes sens.
Je ne l’imite plus ; je me tais, et les larmes De tous mes biens perdus ont expié les charmes. Attends-moi, m’as-tu dit. J’attends, j’attends toujours ! L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours ;
L’hiver aussi, j’attends ! Fixée à ma fenêtre, Sur le chemin désert je crois te reconnaître ; Mais les sentiers rompus ont effrayé tes pas : Quand ton cœur me cherchait, tu ne les voyais pas !
Ainsi le temps prolonge et nourrit ma souffrance : Hier, c’est le regret ; demain, c’est l’espérance ; Chaque désir trahi me rend à la douleur, Et jamais, jamais au bonheur !
Le soir, à l’horizon, où s’égare ma vue, Tu m’apparais encore, et j’attends malgré moi. La nuit tombe… ce n’est plus toi ; Non ! c’est le songe qui me tue.
Il me tue, et je l’aime ! et je veux en gémir ! Mais sur ton cœur jamais ne pourrai-je dormir De ce sommeil profond qui rafraîchit la vie ? Le repos sur ton cœur ! c’est le ciel que j’envie,
Et le ciel irrité met l’absence entre nous. Ceux qui le font parler me l’ont dit à moi-même : Il ne veut pas qu’on aime ! Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux !
Qu’ai-je dit ? Notre amour, c’est le ciel sur la terre. Il fut, j’en crois mon cœur effrayé d’un remord, Comme la vie, involontaire, Inévitable, hélas ! comme la mort.
J’ai goûté cet amour ; j’en pleure les délices. Cher amant ! quand mon sein palpita sous ton sein, Nos deux âmes étaient complices, Et tu gardas la mienne, heureuse du larcin.
Oh ! ne me la rends plus ! Que cette âme enchaînée, Triste et passionnée, Heureuse de se perdre et d’errer après toi, Te cherche, te rappelle et t’entraîne vers moi !
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