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1830

L’AMOUR

Marceline DESBORDES-VALMORE

Vous demandez si l’amour rend heureuse ; Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour. Ah ! pour un jour d’existence amoureuse, Qui ne mourrait ? la vie est dans l’amour.

Quand je vivais tendre et craintive amante, Avec ses feux je peignais ses douleurs. Sur son portrait j’ai versé tant de pleurs, Que cette image en paraît moins charmante.

Si le sourire,éclair inattendu, Brille parfois au milieu de mes larmes, C’était l’amour ! c’était lui, mais sans armes ; C’était le ciel… qu’avec lui j’ai perdu.

Sans lui, le cœur est un foyer sans flamme ; Il brûle tout, ce doux empoisonneur. J’ai dit bien vrai comme il déchire une âme : Demandez-donc s’il donne le bonheur !

Vous le saurez : oui, quoi qu’il en puisse être, De gré, de force, amour sera le maître : Et, dans sa fièvre alors lente à guérir, Vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

Dès qu’on l’a vu, son absence est affreuse ; Dès qu’il revient, on tremble nuit et jour ; Souvent enfin la mort est dans l’amour ; Et cependant… oui, l’amour rend heureuse !

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