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1830

L’ACCABLEMENT

Marceline DESBORDES-VALMORE

Mes yeux rendus à la lumière, Mais fatigués de tant de pleurs, S’offensent des vives couleurs, Et baissent leur faible paupière.

Les voix n’ont plus leurs doux accents, Rien ne m’émeut, rien ne m’alarme. Ah ! si je n’ai plus une larme, C’est donc le bonheur que je sens ?

Croyons-le. Puisque tout m’éclaire, C’est le bonheur qui m’est rendu ; Puisque rien ne sait plus me plaire, C’est le bandeau que j’ai perdu.

Je regarde à présent la vie Comme un lieu que j’avais quitté ; Mais une erreur longtemps suivie Change jusqu’à la vérité.

Vers sa belle image envolée Mon cœur ne retournera plus : Pour ramener l’onde écoulée, Tous les efforts sont superflus.

Mais pourquoi, lorsque le jour tombe, Semble-t-il isoler mon sort, Comme s’il passait sur la tombe De tous ceux qui m’aiment encor ?

Ah ! c’est que mon âme est changée, C’est que je suis faible au malheur ; C’est que j’ai bravé la douleur, Et que la douleur s’est vengée.

C’est que des jeux le tendre essaim, Déserte au cri de la souffrance, Que tout est froid sans l’espérance, Et qu’elle est morte dans mon sein.

Et pour celui qui fit ma peine, Que ma voix ne sait plus nommer, Dieu ! qu’il a mérité ma haine ! Que je voudrais ne plus l’aimer !

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