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1860

JOUR D’ORIENT

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ce fut un jour pareil à ce beau jour Que, pour tout perdre, incendiait l’amour. C’était un jour de charité divine Où, dans l’air bleu, l’éternité chemine ;

Où dérobée à son poids étouffant La terre joue et redevient enfant ; C’était partout comme un baiser de mère, Long rêve errant dans une heure éphémère ;

Heure d’oiseaux, de parfums, de soleil, D’oubli de tout… hors du bien sans pareil. Nous étions deux !… C’est trop d’un quand on aime Pour se garder… Hélas, nous étions deux.

Pas un témoin qui sauve de soi-même ! Jamais au monde on n’eut plus besoin d’eux Que nous l’avions ! Lui, trop près de mon âme, Avec son âme éblouissait mes yeux ;

J’étais aveugle à cette double flamme, Et j’y vis trop, quand je revis les cieux. Pour me sauver, j’étais trop peu savante ; Pour l’oublier… je suis encor vivante !

C’était un jour pareil à ce beau jour Que, pour tout perdre, incendiait l’amour !

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