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JE L’AI VU

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ma sœur, il ne faut me blâmer Si ma tristesse est sans colère : Je ne peux me sauver d’aimer, Et celui qui m’aima ne doit plus me déplaire.

Laissez d’un retour imprévu, Laissez-moi goûter tous les charmes. Hélas ! j’ai retrouvé des larmes ; Mais je l’ai vu !

Si vous saviez quel doux transport Se répand dans l’âme agitée, Quand celui qui fit notre sort Ranime, en s’y montrant, une fête attristée !

Que je l’aime ! il est revenu. Je ne sens plus sa froide absence : Lui n’a pas senti ma présence ; Mais je l’ai vu !

Ma sœur, quel plaisir douloureux Le bonheur perdu laisse encore ! Quel charme de revoir heureux L’objet, l’unique objet qu’on pleure et qu’on adore !

Ce sourire si bien connu Nous rappelle tant d’espérance ! Il réveille aussi la souffrance ; Mais je l’ai vu !

Peut-être est-il quelques beaux jours Cachés dans ma mélancolie ; Peut-être il sait aimer toujours, Et moi, je ne saurai jamais comme on oublie.

Enfin, si d’un trait plus aigu L’insensé frappait ma tendresse, Pleurez sur sa faible maîtresse… Mais je l’ai vu !

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