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1830

GARAT À BORDEAUX

Marceline DESBORDES-VALMORE

« Avec ta gente mie, Où vas-tu, troubadour ? » « — Je vais à ma patrie Demander un beau jour.

Salut, rive enchantée, Qui vis mes jeunes ans ; De mon âme agitée Reconnais les accents.

Jadis ma souveraine À sa cour m’arrêta ; Et pour si noble reine Ton troubadour chanta.

Des belles la plus belle Tombe en captivité ; Avais chanté pour elle ; Perdis ma liberté.

De l’auguste Marie Déplorai les malheurs, En ce temps de furie On punissait les pleurs.

Pour charmer ma misère, Orgueil du troubadour, J’ai chanté Bélisaire, Henri-Quatre et l’Amour.

N’ai sauvé de ma chaîne Que ma lyre et l’honneur ; Et l’or, qui tout entraîne, N’entraîna pas mon cœur.

Pastourelle naïve Écouta mes leçons ; Sa voix tendre et plaintive, Y mêla ses doux sons.

La jeune enchanteresse, Écolière d’Amour, Devint dame et maîtresse Du pauvre troubadour.

Au lieu de ta naissance, Dit-elle, conduis-moi, Tu m’appris ta romance, La chanterai pour toi.

« — Venez donc, gente mie, Lui dit ton troubadour ; Allons à ma patrie Demander un beau jour.

Lyre ! ma douce lyre ! Obéis à mon cœur Le chant que je soupire Est le chant du bonheur. »

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