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1860

FILEUSE

Marceline DESBORDES-VALMORE

La fileuse file en versant des larmes ; Sur son lin choisi s’inclinent ses charmes. Le fil oublié glisse de ses doigts, Et ses chants d’oiseau tremblent dans sa voix.

Sa quenouille est là toute négligée… Oh ! d’un jour à l’autre on est si changée ! Quoi ! plus une rose à son front rêveur ! Qu’est-ce donc qu’elle a ? Je crois qu’elle a peur.

Elle était hier au banc de l’enfance Avec ses fuseaux pour toute défense ; Mais le soir l’enfant ne les avait pas Quand quelqu’un dans l’ombre a suivi ses pas.

Personne aujourd’hui ne la voit plus rire. En si peu d’instants qu’a-t-on pu lui dire ? Ah ! pour qu’elle file en versant des pleurs, Il faut que dans l’ombre on ait pris ses fleurs !

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