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1830

ÉLÉGIE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Il fait nuit : le vent souffle et passe dans ma lyre ; Ma lyre tristement s’éveille auprès de moi : On dirait qu’elle pleure un tourment, un délire ; On dirait qu’elle essaie à se plaindre de toi ;

De toi, qu’elle appelait pour m’aider à t’attendre, Qui la rendis si vraie, et par malheur si tendre ! Car tu ne peux ravir à ses accords touchants Ton nom, toujours ton nom, qui courait dans mes chants,

Elle ne le dit plus ce nom doux et sonore ; Elle ne le dit plus, elle le pleure encore ! Combien elle a frémi, combien elle a chanté, Sous les prompts battements de mon cœur agité,

Alors que, dans l’orgueil des amantes aimées, Je confiais mon âme aux cordes animées ! Je croyais que les cieux ne donnaient tant d’amour Que pour en pénétrer une autre âme à son tour !

Ah ! j’aurais dû mourir, doucement endormie, Dans cette erreur charmante où j’étais ton amie. Devrait-on s’éveiller de ces rêves confus, Pour y penser toujours, et pour n’y croire plus ?

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