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1830

ÉLÉGIE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Dusses-tu me punir de rompre la première Le serment imprudent qui fit pleurer l’Amour ; Dusses-tu repousser l’invincible retour Qui ramène vers toi mon âme tout entière ;

Cette raison cruelle, où se cache l’orgueil, M’a déjà coûté tant de larmes ! Va ! la souffrance est un écueil Où viennent se briser ses armes.

Et toi, le tiendras-tu ce funeste serment ? L’avons-nous prononcé ?… je m’en souviens à peine ; Ce n’est pas nous ! sais-tu qui fit notre tourment ? C’est l’orgueil : il sépare, il ressemble à la haine.

Lequel aurait pu dire adieu sans quelques pleurs ? Hélas ! lorsque entraînés vers les mêmes rivages, Deux ruisseaux sont unis, forcent-ils les orages À diviser leurs flots parés des mêmes fleurs ?

Si quelque main, contraire à leur pente chérie, Forçait l’un à couler vers un autre séjour, La plus faible moitié serait bientôt tarie, Et l’autre, en murmurant, sécherait à son tour.

Leurs limpides destins furent notre partage ; J’y revois nos amours comme au fond d’un miroir ; Où sont tes yeux, ma vie ?… ah ! quand je peux les voir, Ils m’en disent bien davantage !

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