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1830

ÉCRIVEZ-MOI

Marceline DESBORDES-VALMORE

Pour Dieu ! mon amie, Vivez-vous encor ? Ou, fleur endormie Au jardin de mort,

Faites-vous un rêve Doux comme vos yeux ? Qu’un ange l’achève, Et vous porte aux cieux !

Car cette vallée Est sombre pour nous ; Notre âme exilée Y rampe à genoux ;

On coupe nos ailes, Dans ce lieu d’effroi ; Je pleure après elles, Et l’on rit de moi !

Et vous ! si charmante, Belle au triste accent, Voyageuse amante De quelque ange absent ;

Quand vos traits de femme Dans l’ombre ont passé, « C’est, dis-je en mon âme, Un ange blessé ! »

Car votre auréole Se montrait un peu ; Dans votre parole Languissait un feu ;

Vos grâces brûlantes De divins amours, Vous rendaient trop lentes Les nuits de nos jours !

Si, frêle et chérie, Vous quittez ce lieu, De votre patrie, Criez-nous adieu !

Pour moi, désolée De l’oubli du temps, Moi, l’autre exilée, Je prie, et j’attends !

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