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1860

DERNIÈRE ENTREVUE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Attends, nous allons dire adieu Ce mot seul désarmera Dieu. Les voilà ces feuilles brûlantes Qu’échangèrent nos mains tremblantes ;

Où l’amour répandit par flots Ses cris, ses flammes, ses sanglots. Délivrons ces âmes confuses, Rendons l’air aux pauvres recluses.

Attends, nous allons dire adieu : Ce mot seul désarmera Dieu. Voici celle qui m’a perdue Lis ! Quand je te l’aurai rendue,

De tant de mal, de tant de bien, Il ne me restera plus rien. Brûlons ces tristes fleurs d’orage, Moi, par effroi ; toi, par courage.

Elles survivraient trop d’un jour Au naufrage d’un tel amour. Par pitié, sois-nous inflexible ! Pour ce sacrifice impossible,

Il fallait le secours des cieux, Et les regarder dans tes yeux ! Contre toi le sort n’a plus d’armes ; Oh ! ne pleure pas… bois mes larmes !

Lève au ciel ton front abattu ; Je t’aime à jamais : le sais-tu ? Mais te voilà près de la porte… La terre s’en va… je suis morte !…

Hélas ! je n’ai pas dit adieu… Toi seul es sauvé devant Dieu !

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