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1830

CLÉMENTINE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Distraite et malheureuse, Sur un bouquet de fleurs Une fille rêveuse Laissait tomber des pleurs ;

Un timide sourire Dans ses pleurs se glissa ; Mais un triste délire À son tour l’effaça.

« Au sein de Clémentine, Brûlé d’un fol amour, Douce fleur d’églantine, Tu n’as brillé qu’un jour ;

Ta courte destinée Vient m’annoncer mon sort ; Un seul jour dans l’année, Pour l’Amour et la Mort.

« Vers la froide Angleterre Quand le bonheur fuira, Toutes deux, sur la terre, On nous retrouvera ;

Symbole de souffrance, Et gage de pardon, Meurs avec l’imprudence Qui troubla ma raison.

« Adieu, mère chérie ! Le ciel a vu nos pleurs ; Je suis calme et guérie, Couronnez-moi de fleurs.

Des anges en prière J’entends les chants pieux ; Leur voix pure et légère M’appelle dans les cieux. »

Du monastère antique C’étaient les saints concerts ; L’orgue mélancolique Gémissait dans les airs.

À la mort résignée, La vierge y vint un jour… L’Ange de l’hyménée La rendit à l’Amour.

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CLÉMENTINE · Marceline DESBORDES-VALMORE · Poetry Cove