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1830

BONSOIR

Marceline DESBORDES-VALMORE

Il a demandé l’heure ; oh ! le triste présage ! Autrefois j’étais seule attentive à ce soin. Qui peut avant le soir l’appeler au village ? Hélas ! pour me répondre, il est déjà si loin !

Je l’ai suivi des yeux pour rencontrer sa vue, Et sans me regarder il a doublé ses pas. Il n’a donc pas senti ma douleur imprévue ? Je le devinais mieux quand il souffrait tout bas !

Eh bien ! je ne veux pas lui dire que je l’aime ; Je ne l’aimerai plus, j’en aurai le pouvoir ; Je l’ai déjà ; déjà, je ne suis plus la même… Ah ! pour le lui prouver, que je voudrais le voir !

Non, qu’il ne vienne pas ! il prévient mon envie. Bonsoir… pourquoi mes pleurs tombent-ils sur ma main ? Il m’a repris son cœur, je lui reprends ma vie… Mais, si je le pensais, vivrais-je encor demain !

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