Ange ou prophète ! oh ! que je te revoie, Grave, sublime, et profond dans tes pleurs, Insoucieux aux heures de la joie, Toujours nouveau sous tes nouvelles fleurs,
Toujours toi-même ! Ingénu camarade, Du La Fontaine inventeur de tableaux, Tu dors longtemps ; mais tu n’es pas malade, Et ton réveil a triplé ses grelots.
Je baise au front cette muse fidèle ; Son vol frémit, tout l’univers l’entend : Que d’astres froids elle éteint d’un coup d’aile ! Sa plume brûle ! — écris : le pauvre attend.
Sauvage encor, libre, candide, nue, Elle a monté par les mêmes chemins. L’aigle sans peur la soutint dans la nue ; Oh ! qu’elle est noble ! ô les beaux parchemins !
Sans la trahir, toi, tu l’as épousée ; L’eau des prisons baptisa vos serments ; Par l’ouragan la flamme est aiguisée, Et tu sors pur de ses embrassements.
Glissant partout où le pouvoir te veille, Qu’elle a trompé de gardes endormis ! Qu’elle t’a dit de secrets à l’oreille ! Et ces secrets, Dieu ! qu’ils t’ont fait d’amis !
On rit, on pleure en feuilletant ton âme ; À chaque page elle brûle nos doigts ; Dans ces sons pleins de larmes et de flamme, Qu’on aime Dieu ! mais aime-t-on les rois ?
Des malheureux ta chanson lumineuse Traduit les pleurs que le ciel entendra ; Ah ! sur leur route encor trop épineuse Sème tes fruits : le temps les mûrira.
Oh ! ne crois pas qu’exilé de la foule, Tu fus jamais tiède en son souvenir ; Toujours ton nom, comme un écho qui roule, Chantait dans l’air, échauffant l’avenir.
Va, l’amour libre est toujours la plus forte ! Et quand nos vœux soulevaient ton lien, Nos cœurs serrés battaient contre ta porte Pour écouter les battements du tien.
Triste, toujours ton immense famille, Je dis la France, avait soif de tes vers ; En te voyant radieux sous la grille, Elle a maudit tes juges et tes fers.
Quand tout mourra, leur marbre cinéraire Sera scellé par le pied du remord : Toi, si l’on frappe à ta tombe légère, Tu répondras : « Liberté dans la mort ! »
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