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1843

AU JEUNE PARALYTIQUE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Où t'a-t-on vu, poète à la voix douloureuse Et pure, au cœur sonore, à l'enfance amoureuse ? Où t'a-t-on vu, jeune ange au pied silencieux, Prendre haleine, et chanter en passant pour les cieux ?

Es-tu l'André divin dont on cherche la cendre, Qui parmi nous, voilé, se hasarde à descendre, Pour relire, inquiet, son livre inachevé, Et le clore d'un rêve en mourant retrouvé ?

Ce doux cygne étouffé sous le pied de l'envie Par tes yeux sans bonheur a-t-il revu la vie ; Et n'y retrouvant plus ses hymnes mutilés, Pleure-t-il dans tes vers ses beaux vers envolés ?

Alors que de ces vers la vibrante nitée Du pied de l'échafaud s'enfuit épouvantée, Les pris-tu lumineux sur le bord du chemin, Où l'ange de la vie abandonnait sa main ?

Au-dessus des cachots, délivrée et chantante, As-tu trouvé dans l'air cette âme encor flottante, Après que sa grande aile eut franchi ses barreaux, Toute rougie encor de l'acier des bourreaux ?

Hélas ! on le croirait, tant la grâce est la même ; Tant tu sais, comme lui, ce qu'on sait quand on aime ! Oh ! la Parque est cruelle à qui l'a vu mourir ; Mais quoi ! la vie est triste à qui t'y sent souffrir !

Où que tu sois, jeune homme, où que pleure ton âme, Dis : J'ai mon nom caché dans le cœur d'une femme, Mon nom d'enfant, qui chante au milieu de ses jours, Et qui dans sa prière à Dieu, monte toujours !

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