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1830

AMOUR

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ce que j’ai dans le cœur, brûlant comme notre âge, Si j’ose t’en parler, comment le définir ? Est-ce un miroir ardent frappé de ton image ? Un portrait palpitant né de ton souvenir ?

Vois ! je crois que c’est toi, même dans ton absence, Dans le sommeil ; eh quoi ! peut-on veiller toujours ? Ce bonheur accablant que donne ta présence, Trop vite épuiserait la flamme de mes jours.

Le même ange peut-être a regardé nos mères ; Peut-être une seule âme a formé deux enfants. Oui, la moitié qui manque à tes jours éphémères, Elle bat dans mon sein, où tes traits sont vivants !

Sous ce voile de feu j’emprisonne ta vie. Là, je t’aime, innocente, et tu n’aimes que moi. Ah ! si d’un tel repos l’existence est suivie, Je voudrais mourir jeune, et mourir avec toi !

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