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1830

ADIEU, MES AMOURS !

Marceline DESBORDES-VALMORE

Adieu, mes fidèles amours, Adieu, le charme de ma vie ! Notre félicité d’amertume est suivie, Et nous avons bien cher payé quelques beaux jours !

Mais le remords ne trouble point notre âme, Et, comme toi, fidèle en mes douleurs, Contre tous les plaisirs d’une nouvelle flamme Je n’échangerais pas mes pleurs.

Pendant le jour, écartant ton image, Mes souvenirs et mes vœux superflus, Je supporte mon sort ; et, presque avec courage, Je me dis : Il ne viendra plus !

Le soir, en ma douleur, et plus faible et plus tendre, Oubliant que pour nous il n’est plus d’avenir, Je me laisse entraîner au bonheur de t’attendre, Et je me dis : Il va venir !

Mais, quand l’heure a détruit cet espoir plein de charmes, Je plains, sans l’accuser, un amant si parfait ; Je regarde le ciel, en essuyant mes larmes, Et je me dis : Il a bien fait !

Oui, de trop de regrets l’espérance est suivie ; Je renonce au bonheur : j’ai perdu mes beaux jours. Adieu, le charme de ma vie ! Adieu, mes fidèles amours !

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