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1830

ADIEU !

Marceline DESBORDES-VALMORE

Partir ! tu veux partir ! ta voix chère et cruelle, Qui m’atteint dans le cœur, m’a dit : Je vais partir ! Sais-tu… Non. Pour me plaindre il faut me ressentir, Et tu doutes souvent, et toi seul es fidèle ;

Et je ne t’aime pas ! tu le sauras un jour : Crains de le trop apprendre ; avance ton retour. Ton retour ! Tu pars donc ? Oui, tu veux voir ton père ! Fais-lui de ma tristesse au moins un jour prospère.

Les larmes ont un prix ; offre-les-lui pour moi ; Va, j’attendrai ma vie… et tu sais que c’est toi ! Va, dans tous les baisers d’un enfant qu’il adore, Lui porter les baisers de l’enfant qu’il ignore ;

Mets sur son cœur mon cœur, mon respect, mon amour : Il est aussi mon père, il t’a donné le jour ! Partir !… que je voudrais, invisible et hardie, M’asseoir sur tes genoux, près de ses cheveux blancs !

Les toucher de mes mains, et, sous tes bras tremblants, Contempler le mortel à qui je dois ta vie ! Et la sienne sans toi s’effeuille… Quittons-nous ! Porte de frais parfums à sa saison austère,

Toi la plus belle fleur qu’il sema sur la terre ! Mais, pour le demander, ne sois plus à genoux ; Car, mon cœur est trop près de ton cœur qui soupire, Et ce mot qui sépare… il faut enfin le dire !

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