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1830

ABNÉGATION

Marceline DESBORDES-VALMORE

Si solitaire, hélas ! et puis si peu bruyante, Tenant si peu d’espace, on me l’envie encor ! Cette pensée est triste, elle entraîne à la mort, Et, pour s’en reposer, la tombe est attrayante !

C’est la première fois qu’elle a navré mon sein ; À tous les flots amers de ma vie écoulée, Cette goutte de fiel ne s’était pas mêlée ; Personne n’avait dit : « S’en ira-t-elle enfin ! »

Oh ! personne ! À présent je suis de trop au monde, Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser mes instants ; Je trompe une espérance !… En vain je la seconde ; Importune et mourante, on peut vivre longtemps !

Oui, je me presse en vain d’avancer et de vivre. Quelque anneau tient encor mon cœur : il se rompra. Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre, Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera !

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