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1830

À MONSIEUR A. DE L.

Marceline DESBORDES-VALMORE

Nacelle abandonnée, Errante comme moi, Avec ta destinée Tu n’entraînes que toi :

Que t’importe l’orage, Libre jouet des vents ? Moi je crains le naufrage ; J’emporte mes enfants !

J’ai vu la voile sombre Qui t’enlève du port ; Et j’ai pleuré de l’ombre Où s’enferme ton sort ;

Mais aux vents déchirée, Elle s’égare en vain ; Cette voile est sacrée, Et son but est divin !

Sur la route attristée Où s’envolaient mes jours, Par un charme arrêtée, Je crus l’être toujours :

Du sort la folle envie, Vers de lointaines mers Pousse encor de ma vie Les flots toujours amers !

Doucement captivée Au bord d’un nid de fleurs, Sur ma jeune couvée J’ai ri de mes douleurs ;

Et l’on trouvait des charmes À mes chants d’autrefois ; Mais ma voix a des larmes, Et j’ai peur de ma voix !

Nacelle fugitive Échappée à ce bord, Une immuable rive Doit nous rejoindre encor.

Là, les voiles amies, Calmes dans leurs débris, Reposent endormies Sous d’immortels abris !

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