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1830

À LA NUIT

Marceline DESBORDES-VALMORE

Douce Nuit, ton charme paisible Du malheureux suspend les pleurs ; Nul mortel n’est insensible À tes bienfaisantes erreurs.

Souvent dans un cœur rebelle Tu fais naître les désirs ; Et l’amour tendre et fidèle Te doit ses plus doux plaisirs.

Tu sais par un riant mensonge, Calmer un amant agité, Et le consoler, en songe, D’une triste réalité.

Ô Nuit ! pour la douleur sombre, Et pour le plaisir d’amour On doit préférer ton ombre À l’éclat du plus beau jour.

Comme dans le sein d’une amie On aime à verser sa douleur, C’est à toi que je confie Les premiers soupirs de mon cœur.

Cache-moi, s’il est possible, L’objet de mon tendre effroi. Comme moi s’il est sensible, Qu’il soit discret comme toi !

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