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1830

À DÉLIE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Par un badinage enchanteur, Vous aussi, vous m’avez trompée ! Vous m’avez fait embrasser une erreur : Légère comme vous, elle s’est échappée.

Pour me guérir du mal qu’Amour m’a fait, Vous avez abusé de votre esprit aimable ; Et je vous trouverais coupable, Si je pouvais en vous trouver rien d’imparfait.

Je l’ai vu cet amant si discret et si tendre ; J’ai suivi son maintien, son silence, sa voix. Ai-je pu m’abuser sur l’objet de son choix ? Ses regards vous parlaient, et j’ai su les entendre.

Mon cœur est éclairé, mais il n’est point jaloux. J’ai lu ces vers charmants où son âme respire ; C’est l’Amour qui l’inspire, Et l’inspire pour vous.

Pour vous aussi je veux être la même. Non, vous n’inspirez pas un sentiment léger ; Que ce soit d’amitié, d’amour, que l’on vous aime, Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer.

Laissez-moi ma mélancolie : Je la préfère à l’ivresse d’un jour : On peut rire avec la Folie, Mais il n’est pas prudent de rire avec l’Amour.

Laissez-moi fuir un danger plein de charmes, Ne m’offrez plus un cœur qui n’est qu’à vous : Le badinage le plus doux Finit quelquefois par les larmes.

Mais je n’ai rien perdu, la tranquille amitié Redeviendra bientôt le charme de ma vie ; Je renonce à l’amant, et je garde une amie : C’est du bonheur la plus douce moitié.

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