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1922

LXXXVIII

Tristan DERÈME

Oui, je chante la joie ivre et passionnée Et je noue à ma barbe une rose fanée Pour songer nuit et jour qu'il faudra que mon corps Se dissolve comme elle et quitte les décors

Fastueux où le monde épanouit sa force. Je m'en irai. Je tomberai comme l'écorce Des platanes, comme les feuilles, comme les Roses ! Je suis vivant ! Ciel, nuages gonflés

D'eau lourde, bois roussis par les torches d'automne, Vergers où l'or vivant des abeilles bourdonne, Fruits riches, souvenirs d'un magnifique été, Moissons, je vous respire avec avidité

Et je mêle ma vie au triomphe des choses, Éperdu comme les feuilles, comme les roses !

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LXXXVIII · Tristan DERÈME · Poetry Cove