Skip to content
1922

LXXXIX

Tristan DERÈME

En vain tu mets tes doigts sur mes yeux inquiets Et me caches les prés, les branches et le ciel, Ô doux amour, ô toi qui es Du féminin au pluriel !

Exiges-tu que d'une voix endolorie Je dise les brasiers que ton sourire allume, En un livre de la série In-seize à troisfrancs. le volume ;

Ou que, trempant encor ma plume dans mon cœur, Car déjà ton regard a séché l'encrier, Je te figure, archer vainqueur, Coiffé de myrte et de laurier ?

Ma plume ne sert plus qu'à débourrer la pipe Que je fume le soir sous les saules moroses En songeant à l'ombre qui fripe Les espérances et les roses.

Laisse-moi. Je me plais à voir glisser le vol Sur l'immobile azur des pigeons gris et blancs ; À quoi bon nouer à mon col Tes bras perfides et tremblants ?

Tu verras en sanglots mainte âme évanouie Baiser tes pieds en implorant la servitude ; Moi, j'ouvrirai mon parapluie Pour danser dans la solitude.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LXXXIX · Tristan DERÈME · Poetry Cove