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1922

LXIX

Tristan DERÈME

Carco, passez-moi la gourde, Que ce vin d'Irouléguy Me fasse le cœur moins lourd Et l'âme moins alanguie.

Qu'ai-je besoin de pensées Qui déchirent mon bonheur ? Pour pleurer les jours passés C'est encor de trop bonne heure.

Mais plutôt sur mon épaule Voyez ce grand oiseau vert Comme il va prendre son vol Quand je viderai mon verre.

Vous, vous buvez à la gourde, Le visage vers l'azur, Et l'air murmure alentour Et balance la verdure.

Ah ! qu'un autre geigne et pleure ; Nous, dans l'ombre et le soleil, Nous rêvons à la couleur De la ramure vermeille.

Ainsi, sans nous mettre en peine Ni de demain ni d'hier, Nous buvons avec ce vin L'allégresse et la lumière.

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